The Journal of Power Institutions in Post-Soviet Societies - An electronic journal of social sciences

Book Reviews - General (7 titles)

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David Wolff et Gaël Moullec, Le KGB et les pays baltes, 1959-1991 [The KGB and the Baltic states], Belin, Collection Histoire et Société Temps Présents, 2005, 240 pages.

Le contenu de cet ouvrage déborde  largement son titre. Si les auteurs, en effet, évoquent l’activité de la police politique (NKVD, MGB puis KGB) dans les pays baltes surtout  entre 1939 et 1959 , ils ne  limitent pas leur étude à ce cadre étroit. En prenant appui sur de nombreux documents d’archives inédits, ils étudient la politique du Kremlin dans ces pays, ses fluctuations, les problèmes auxquels elle s’est heurtée , les antagonismes qu’elle a  provoqués.

Ils choisissent de privilégier certains moments : la brève période  qui va de l’annexion des pays baltes à l’Union soviétique au cours de l’été 1940 à l’invasion de l’Union soviétique par la Wehrmacht le 22 juin 1941 ; ils étudient les déportations d’éléments nationalistes, de gradés de l’armée, de hauts fonctionnaires et de paysans étiquetés« koulaks » au lendemain de cette annexion. Ils examinent aussi en détail la seconde vague des déportations en 1949 ; les pays baltes, surtout la Lituanie, ont opposé une résistance acharnée à la réintégration  dans l’union soviétique. Cette résistance, menée par les « frères des  bois », n’a pas été le seul fait des nombreuses forces qui avaient collaboré avec les nazis pendant trois ans. David Wolff et Gaël Moullec montrent que cette seconde vague de déportations vise plus la population locale qui soutient les groupes armés antisoviétiques que ces groupes mêmes tapis dans les forêts. Elle dresse donc la population contre le régime.

 Ces réalités étaient jusqu’alors plus ou moins bien connues. La partie la plus neuve  du livre est sans aucun doute celle qui couvre les années 1953-1959. Au lendemain de la mort de Staline Beria insiste pour que dans les républiques où les aspirations nationales sont les plus puissantes (l’Ukraine et les trois pays baltes) on promeuve systématiquement des cadres nationaux à la place des Russes et russophones un peu partout placés aux postes de commande . La chute de Beria à la fin de juin 1953 n’inverse pas d’abord cette politique. David Wolff et Gaël Moullec portent une attention particulière aux développements que cette véritable dé-russification de certains secteurs dirigeants connaît en particulier en Lettonie sous la direction de Berklavs, membre du Bureau politique du PC letton et qui bénéficie d’une large appui dans cette instance, d’où il ne sera chassé qu’en 1959 .Les auteurs reproduisent le procès-verbal d’une réunion du Bureau politique du parti communiste letton du 4 mars 1958. Une note du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a qualifié la politique systématique de promotion de cadres lettons dans la république de « manifestation de nationalisme bourgeois ».L’un des principaux dirigeants de ce parti Latsis rétorque  que la note est « unilatérale :  Il n’est question que du nationalisme bourgeois et il n’y a rien sur le chauvinisme impérial » (russe) . Quant à Berklavs, il déclare :«  nous devons porter à la connaissance de la direction du Comité central du PCUS notre désaccord avec le ton politique général sur lequel est écrite cette note ».(pp. 140-141)

Certes ce n’est pas la Hongrie de 1956 (dont les auteurs soulignent par ailleurs  les échos qu’elle a rencontrés en Lituanie et en Lettonie), mais c’est une opposition nette à Moscou , qui ne sera liquidée qu’un an plus tard.  David Wolff et Gaël Moullec montrent comment ces dissensions ont affaibli et en partie paralysé le KGB au moment- même où, après l’amnistie décrétée par Moscou en 1954 et 1956, les exilés reviennent par  milliers dans ces républiques en même temps que les déportés de 1941 et de 1949.

Ce que David Wolff et Gaël Moullec qualifient d’ « éphémères printemps » (qui ont néanmoins duré six ans) a marqué durablement ces trois républiques. Moscou a resserré les boulons à partir de 1959. Mais le calme obtenu était trompeur et provisoire. La suite sur laquelle l’ouvrage passe beaucoup plus vite, l’a montré.

Les auteurs dans leur conclusion, insistent sur un héritage inattendu des méthodes du KGB  en soulignant les difficultés de l’apprentissage de la démocratie Ils rappellent ainsi que « les hommes politiques qui  (dans ces pays) se prononçaient contre l’adhésion (à  l’Union européenne ) étaient dénoncés, traînés dans la boue et accusés d’être des hommes de paille du KGB » (p. 228). La substitution de l’excommunication à la discussion,  prolongement surprenant de la longue présence du KGB dans ces pays, est l’un des nombreux thèmes de réflexion que propose cet ouvrage.

Nadine  MARIE-SCHWARTZENBERG

CNRS, Paris

To quote this document :

Nadine MARIE-SCHWARTZENBERG, "David Wolff et Gaël Moullec, Le KGB et les pays baltes, 1959-1991 [The KGB and the Baltic states], Belin, Collection Histoire et Société Temps Présents, 2005, 240 pages.", 
The Journal of Power Institutions In Post-Soviet Societies, 
Pipss.org : Issue 4/5 - 2006 - “Military and Security Structures in/and the Regions” & “Women in/and the Military”
http://www.pipss.org/document474.html